Stagflation de 1974 : ce que les chiffres disent vraiment.
En nominal, les actions s’en sortent. En réel, presque personne ne gagne.
Dans l’épisode 1, nous avons vu que la stagflation ne se voit pas encore dans les chiffres officiels – mais qu’elle se lit déjà dans les prix à la pompe, dans les coûts de production, dans les délais de livraison. Et que la Covid a montré que ce mécanisme – choc d’offre, transmission aux prix, décalage statistique – se répète.
Dans cet épisode : ce que les marchés financiers ont réellement produit en 1974 et 1975 – en nominal et en réel. Et pourquoi 2026 n’est pas exactement 1974.
Ce que les marchés ont vraiment produit
Note sur les données : le CAC 40 n’existait pas en 1974 – il a été créé en 1988. Les indices boursiers français de l’époque ne sont pas disponibles dans des sources standardisées et citables avec fiabilité. Les performances ci-dessous sont donc en USD. L’inflation retenue est américaine pour rester cohérent avec les performances nominales. Pour un investisseur français de l’époque, l’inflation était légèrement supérieure – 13,6 % en 1974 selon l’INSEE, contre 11 % aux États-Unis – ce qui dégradait encore davantage les performances réelles.
Classe d’actif | 1974 nominal | 1975 nominal | Cumul nominal | Cumul réel |
|---|---|---|---|---|
Actions US (S&P 500) | -26 % | +37 % | +1 % | -17 % |
Obligations long terme US | -5 % | +5 % | -0,3 % | -18 % |
Cash (T-bills) | +8 % | +6 % | +15 % | -5 % |
Or | +73 % | -24 % | +32 % | +9 % |
Matières premières (GSCI) | +39 % | -8 % | +28 % | +6 % |
Sources : Federal Reserve, GSCI, World Gold Council – performances nominales en USD. Inflation US : 11 % en 1974, 9 % en 1975 (Bureau of Labor Statistics). Cumul réel calculé sur base multiplicative : (1+cumul nominal) / (1+0,21) – 1.
En deux ans, les actions US ont subi une chute de 26 % en 1974 puis un rebond de 37 % en 1975 – pour finir à peine au-dessus de leur point de départ en nominal, et à -17 % en réel. Le cash, souvent perçu comme un refuge, a perdu 5 % de pouvoir d’achat. Seuls l’or et les matières premières ont préservé – modestement – la richesse réelle.
Le passage de 1974 à 1975 était difficile à anticiper. Il le reste aujourd’hui.
Pourquoi le timing est la variable clé
Ceux qui avaient tout cédé en bas de 1974 ont raté le rebond de 37 % en 1975. Ceux qui avaient conservé l’or toute l’année 1975 ont vu leur gain de 73 % partiellement effacé par une correction de 24 %.
En 1974, aucun signal clair n’indiquait quand la crise se terminerait. La résolution est venue de facteurs politiques – la fin de l’embargo en mars 1974 – pas de la mécanique économique elle-même.
Aujourd’hui, la même incertitude s’applique : le détroit d’Ormuz peut rouvrir rapidement sur un accord politique, ou rester fermé des mois. C’est pourquoi l’épisode 3 présente deux scénarios distincts avec des implications différentes par actif.
2026 n’est pas 1974 – les différences qui comptent
L’analogie a ses limites. Je l’assume. Plusieurs facteurs structurels distinguent la situation actuelle des années 70 – et ils n’agissent pas tous au même moment.
La masse monétaire – effet pendant la crise. Les banques centrales disposent aujourd’hui de bilans sans équivalent historique. La Fed seule détient environ 6 500 milliards de dollars d’actifs, contre moins de 900 milliards avant 2008. En cas de choc sévère sur les marchés actions, leur réflexe depuis 2008 est d’intervenir. Cela tend à amortir la baisse des actions pendant la crise – une protection qui n’existait pas en 1974.
Le plancher structurel de l’or – effet une fois la crise passée. En 1975, l’or avait corrigé parce que la monnaie se stabilisait. Cette fois, les bilans des banques centrales devraient rester gonflés pendant une période prolongée, et les banques centrales elles-mêmes continuent d’accumuler du métal physique à un rythme nettement supérieur à celui d’avant 2022. La baisse de l’or une fois la crise passée devrait être plus limitée qu’en 1975. Ce facteur joue une fois la crise passée, pas pendant.
Le poids de la tech dans les indices. En 1974, la technologie n’existait pas comme secteur dominant. Elle représente aujourd’hui plus de 30 % des grands indices mondiaux. Une rotation sectorielle même modérée pèse donc bien plus sur les indices globaux qu’en 1974 – les indices peuvent baisser moins que certains secteurs individuellement, ou davantage si c’est la tech qui absorbe l’essentiel de la correction.
La mondialisation accélère la transmission. Les économies de 1973 étaient moins intégrées. Aujourd’hui, les chaînes de production sont mondiales – un choc sur le détroit d’Ormuz touche simultanément les coûts industriels en Europe, en Asie et en Amérique. La propagation tend à être plus rapide et plus étendue qu’en 1974, même si l’ampleur finale dépend de la durée du choc.
D’autres facteurs jouent en arrière-plan. Le rôle du dollar comme monnaie de référence du pétrole est aujourd’hui plus contesté qu’en 1973. Les énergies renouvelables réduisent marginalement la dépendance au pétrole dans certains secteurs. La vitesse de circulation de l’information accélère la réaction des marchés. Ces facteurs ne changent pas la mécanique de fond – ils en modulent l’intensité.
Dans l’épisode 3 :
Deux scénarios selon la durée de la crise, et ce que chacun implique concrètement pour votre épargne.



