La stagflation est déjà là. Personne ne le voit encore.
Les chiffres officiels devraient le confirmer d’ici l’automne. Votre épargne, elle, ne peut pas attendre.
Le détroit d’Ormuz est fermé depuis le 28 février 2026. Environ 20 % du pétrole mondial ne transite plus. Les prix ont bondi. Les statistiques officielles commencent à peine à le montrer.
Cette série explore ce qu’un choc sur le détroit d’Ormuz implique pour votre épargne.
Pas pour faire peur. Pour comprendre avant que les chiffres officiels ne confirment ce que les prix commencent à montrer.
En octobre 1973, les membres arabes de l’OPEP déclenchent un embargo pétrolier. L’embargo ciblait un groupe de pays occidentaux. Mais la hausse des prix du pétrole qui en a résulté a frappé l’ensemble de l’économie mondiale – personne n’y a échappé. En quelques semaines, le prix du baril quadruple. L’Occident découvre qu’il a bâti trente ans de croissance sur une ressource qu’il ne contrôle pas.
Depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz est fermé. Environ 20 % du pétrole mondial transite par là en temps normal. Ce n’est plus le cas. Le Brent a bondi d’environ 40 % depuis le début de la crise. Les fertilisants, les plastiques, les produits chimiques – tout ce qui dérive du pétrole – suivent. L’Asie et l’Europe, plus dépendantes des flux physiques transitant par le détroit, sont en première ligne sur les volumes. Mais la hausse des prix, elle, est mondiale.
Et même si le détroit rouvrait demain, ce choc est déjà dans les prix. Les contrats ont été renégociés, les coûts de transport absorbés ou répercutés dans les chaînes de production. Les statistiques officielles devraient le confirmer d’ici l’automne. Pas avant.
Si vous cherchez un repère historique, vous êtes à fin 1973 – début 1974. Pas encore dans la stagflation visible. Au point d’impact du choc.
Qu’est-ce que la stagflation ?
La stagflation, c’est la combinaison d’une inflation élevée et d’une croissance faible ou négative. Les années 70 ont démontré que c’était possible. Les économistes savent aujourd’hui comment elle se déclenche – un choc d’offre brutal qui fait monter les prix et casse la croissance en même temps.
Le choc pétrolier de 1973 ne s’est pas traduit immédiatement en récession. Il a fallu six à douze mois pour que le PIB décroche. L’inflation, elle, s’est installée sur plusieurs années.
La stagflation ne se voit pas encore dans les chiffres officiels. Elle se lit dans les prix à la pompe, dans les coûts de production, dans les délais de livraison – avant que les statistiques la confirment.
Trois certitudes que la réalité a démenties
La stagflation : jugée impossible selon les modèles dominants des années 60. Réalité des années 70.
Les taux d’intérêt négatifs : prêter de l’argent en payant pour le faire paraissait absurde. Le taux de dépôt de la BCE a été maintenu en territoire négatif pendant huit ans, de juin 2014 à juillet 2022, atteignant -0,5 %. Le taux directeur de la BNS à -0,75 % sur la même période. Les rendements souverains allemands sont passés en négatif jusqu’au 30 ans. En Suisse, c’est pratiquement toute la courbe qui est passée en négatif.
L’inflation à 9 % après une décennie où les prix augmentaient à peine : peu anticipée en 2020. Réalité de 2022, dans le sillage du Covid et des plans de relance massifs.
Pas pour multiplier les exemples. Pour montrer que les modèles ont leurs limites.
La Covid : une crise récente qui éclaire la mécanique
On a déjà vécu une mécanique similaire récemment. En 2020, un choc d’offre brutal – fermeture des usines, blocage des chaînes logistiques – s’est combiné à une réponse monétaire et budgétaire sans précédent. La masse monétaire M2 américaine a augmenté d’environ 40 % en deux ans. L’inflation a culminé à 9,1 % en juin 2022 aux États-Unis.
La différence avec 2026 : en 2020 le choc était mondial et symétrique – tout le monde était touché en même temps. Ici le choc est géographiquement localisé mais stratégiquement central : le détroit d’Ormuz concentre une part déterminante des flux pétroliers mondiaux.
Le schéma suit un parcours similaire dans les deux cas : choc d’offre, hausse des coûts, transmission aux prix à la consommation avec plusieurs mois de décalage, réponse des banques centrales. Ce décalage explique pourquoi les chiffres officiels ne reflètent pas encore pleinement l’impact actuel.
Dans l’épisode 2 :
Ce que les chiffres de la stagflation de 1974 disent vraiment – et en quoi 2026 est différent.



