Ce que vous pouvez faire – maintenant.
Deux scénarios. Des implications différentes. Une question commune.
Dans l’épisode 1, nous avons vu que la stagflation ne se voit pas encore dans les chiffres officiels mais qu’elle se lit déjà dans les prix. Dans l’épisode 2, nous avons vu ce que 1974 et 1975 ont produit en nominal et en réel, pourquoi le timing entre les deux années était difficile à anticiper, et en quoi 2026 diffère structurellement de 1974.
Dans cet épisode : deux scénarios selon la durée de la crise, et ce que chacun implique concrètement pour votre épargne.
Ce qu’on peut raisonnablement attendre – deux scénarios
J’ai choisi deux scénarios parmi d’autres. Ils ne donnent pas les mêmes résultats par actif – et la différence mérite d’être expliquée avant de regarder les chiffres.
Scénario 1 – Résolution rapide (d’ici juillet 2026)
Le détroit rouvre dans les prochaines semaines. La pression sur les prix du pétrole se réduit rapidement – un retour vers les niveaux d’avant le choc, autour de 65-70 dollars le baril, est possible. Mais l’inflation déjà transmise dans les chaînes de prix reste présente encore 6 à 9 mois – elle ne disparaît pas avec la réouverture du détroit.
Or. Les pays qui vendaient leurs réserves d’or par nécessité – pour payer des factures énergétiques dont le coût avait doublé – n’ont plus cette contrainte. Les ventes forcées s’arrêtent. Les acheteurs de long terme – banques centrales, grands acteurs stratégiques – continuent d’accumuler. La hausse structurelle qui existait avant la fermeture du détroit reprend sans la pression des vendeurs contraints.
Énergie. Le prix du pétrole corrige rapidement avec la réouverture du détroit. Un retour vers 65-70 dollars le baril effacerait une bonne partie des gains du secteur pendant la crise. Le sous-investissement de plusieurs années dans la production pétrolière mondiale ne se comble pas rapidement – mais cela ne suffit pas à compenser une correction des prix à court terme.
Défense et industrie. Peu sensible à l’issue de cette crise. Le réarmement est mondial – États-Unis, Europe, Russie, Chine, Inde, pays du Golfe augmentent tous leurs budgets défense. Les commandes sont pluriannuelles et signées indépendamment du prix du pétrole.
Actions générales. Un accord de réouverture peut déclencher un rebond rapide des marchés, potentiellement avant même que les statistiques confirment la désinflation. Mais l’inflation reste présente plusieurs mois dans les prix à la consommation – le gain en pouvoir d’achat réel est plus limité que le gain affiché.
Tech et croissance. Si les taux se stabilisent rapidement avec la fin de la crise, le secteur peut rebondir. Mais les niveaux de valorisation restent élevés par rapport aux fondamentaux – le rebond devrait être plus modéré que celui des actions générales.
Actif / Secteur | Pendant la crise | Après la crise | Cumul nominal | Cumul réel |
|---|---|---|---|---|
Or | +15 à +25 % | 0 à +10 % | +15 à +38 % | +3 à +25 % |
Énergie | +10 à +20 % | -15 à -5 % | -7 à +13 % | -17 à +1 % |
Défense / Industrie | +10 à +20 % | +10 à +20 % | +21 à +44 % | +8 à +31 % |
Actions générales | -5 à -15 % | +15 à +25 % | +9 à +21 % | -2 à +10 % |
Tech / Croissance | -10 à -20 % | +10 à +20 % | -1 à +6 % | -11 à -4 % |
Scénario 1 – résolution rapide. Inflation cumulée retenue : 8-12 % (choc court, transmission partielle aux prix à la consommation). Cumuls calculés sur base multiplicative. Ces projections ne constituent pas une recommandation d’investissement.
Scénario 2 – Choc moyen (résolution fin 2026)
Le détroit reste fermé jusqu’à la fin de l’année. L’inflation se transmet pleinement dans les prix à la consommation. Les statistiques officielles confirment la stagflation à l’automne.
Or. La demande de valeur réelle s’intensifie pendant toute la durée de la crise. Les ventes forcées par nécessité persistent tant que les factures énergétiques restent élevées. Une fois la crise passée, ces ventes s’arrêtent, les acheteurs de long terme reprennent la main – la hausse structurelle se consolide.
Énergie. Le secteur reste soutenu pendant toute la durée de la crise. Une fois celle-ci passée, deux forces s’opposent : la détente progressive des prix du pétrole d’un côté, le sous-investissement structurel de plusieurs années dans la production mondiale de l’autre. L’issue est incertaine – d’où une fourchette large.
Défense et industrie. Le réarmement mondial pluriannuel continue indépendamment de la crise. Les commandes gouvernementales signées sur plusieurs années soutiennent le secteur dans les deux phases.
Actions générales. L’intervention probable des banques centrales tend à amortir la baisse pendant la crise – probablement moins profonde qu’en 1974. Le rebond des actions une fois la crise passée devrait être plus limité qu’en 1975, les niveaux de valorisation de départ étant plus élevés et l’inflation restant présente dans les prix.
Tech et croissance. Doublement pénalisée : la remontée des taux réels compresse les niveaux de valorisation d’un secteur dont les revenus futurs sont lointains, et son poids dans les indices amplifie la correction globale. Le retour à des niveaux de valorisation soutenables prend du temps – même une fois la crise passée.
Actif / Secteur | Pendant la crise | Après la crise | Cumul nominal | Cumul réel |
|---|---|---|---|---|
Or | +20 à +35 % | -5 à +10 % | +14 à +49 % | -6 à +35 % |
Énergie | +15 à +25 % | -10 à +10 % | +4 à +38 % | -14 à +23 % |
Défense / Industrie | +10 à +20 % | +15 à +25 % | +27 à +50 % | +6 à +36 % |
Actions générales | -10 à -20 % | +15 à +25 % | +4 à +13 % | -7 à 0 % |
Tech / Croissance | -20 à -30 % | +10 à +15 % | -12 à -19 % | -26 à -32 % |
Scénario 2 – choc moyen. Inflation cumulée retenue : 10-20 % (choc plus long, transmission plus forte aux prix à la consommation). Cumuls calculés sur base multiplicative. Ces projections ne constituent pas une recommandation d’investissement.
Un point commun aux deux scénarios : la défense et l’industrie figurent parmi les secteurs les plus résistants. Le réarmement mondial est une tendance pluriannuelle qui ne dépend pas de l’issue de la crise du détroit. C’est le seul secteur dont la logique d’investissement tient dans les deux cas.
Ce que ça signifie pour vous
Votre épargne est valorisée en monnaie dont le pouvoir d’achat s’érode quand l’inflation s’installe. Votre immobilier est valorisé sur des taux qui peuvent bouger. Votre retraite, en France, repose sur la répartition – elle dépend donc de l’emploi et des cotisations, pas des taux d’intérêt. Mais elle n’est pas à l’abri d’une dégradation de l’emploi si la croissance décroche durablement.
Les actifs qui ont historiquement mieux résisté dans ce contexte sont ceux dont la valeur ne dépend pas d’une promesse nominale : l’or physique, l’énergie, les entreprises qui possèdent des actifs réels.
Pas pour faire peur. Pour comprendre ce que le contexte macro implique concrètement sur l’allocation de votre patrimoine.
Solutions de placement sur ces secteurs
Sur les trois secteurs identifiés – or, énergie, défense/industrie – il existe des fonds accessibles en assurance-vie ou compte-titres, évalués par des organismes indépendants comme Quantalys ou Morningstar. Les critères à examiner : performances sur 1 an et 3 ans, niveau de frais, indicateur de risque SRI (de 1 à 7), cohérence avec votre profil investisseur, vos objectifs, vos préférences ESG et votre enveloppe fiscale.
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La vraie question
En 1973, personne ne savait que le choc durerait. En 2020, peu anticipaient que l’inflation culminerait à 9 % deux ans plus tard. Dans les deux cas, les signaux étaient lisibles – après coup.
Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz est fermé depuis plus de deux mois. Les prix ont bondi. Les statistiques officielles commencent à peine à le montrer.
Dans quelques trimestres, quand les chiffres officiels confirmeront ce que les prix montrent déjà, sera-t-il encore temps d’agir ?



