Certains ont changé d’instrument
Jusqu’ici dans la série
Épisode 1 : Nos trois grands indicateurs économiques sont structurellement biaisés : l’inflation sous-estime la réalité, le PIB surestiment la croissance, la dette est présentée sous le ratio qui rassure.
Épisode 2 : Le taux sans risque, fondement de toute valorisation financière, n’est pas un prix de marché. C’est une décision politique administrée par des banques centrales qui sauvent toujours le même patient : le marché obligataire.
Épisode 3 : Face à ce piège, gouvernements et banques centrales repoussent l’échéance. Ils naviguent vers le mur en espérant ne pas être aux commandes quand ils le heurtent.
Certains ont changé d’instrument
Les prix affichés ne reflètent plus rien
Quelque chose s’est cassé dans le mécanisme de découverte des prix. Pas brutalement. Progressivement. Mais aujourd’hui, le signal est devenu trop fort pour être ignoré.
Le pétrole : le prix s’affiche. Mais les barils ne bougent plus – les flux physiques sont bloqués, les assureurs ne couvrent plus, les contrats futures sont abandonnés avant livraison. Sur le NYMEX, à peine 3 000 contrats sur l’échéance mai 2026 iront à livraison physique selon les données citées par Laurent Maurel (or.fr, 24 avril 2026). La moyenne historique : 90 000.
L’or : le prix baisse. Mais les grandes institutions n’arrêtent pas d’en acheter. Ce qu’on voit baisser, ce sont des contrats papier – des ETFs à effet de levier liquidés en urgence, des positions soldées pour couvrir d’autres pertes. Le métal physique, lui, s’accumule discrètement.
Les obligations souveraines : le rendement affiché est positif. Mais une fois l’inflation réelle déduite – pas l’IPC, l’inflation vécue – le rendement réel est négatif. Les investisseurs prêtent à l’État et s’appauvrissent en termes de pouvoir d’achat.
Le marché ne découvre plus les prix. Il gère les perceptions.
Les grandes mains changent d’instrument
Les banques centrales accumulent de l’or à un rythme cinq fois supérieur à ce qu’il était avant 2022. Ce n’est pas une coïncidence. C’est l’année où les États-Unis ont gelé les réserves russes en dollars – démontrant que le dollar pouvait être utilisé comme arme.
Source : World Gold Council – Central Bank Gold Reserves, 2022-2026
Ce jour-là, beaucoup de banques centrales ont tiré la même conclusion : un actif dont la valeur dépend de la bonne volonté d’un autre État n’est pas vraiment une réserve. C’est une exposition.
L’or, lui, n’a pas de contrepartie. Il ne peut pas être gelé. Il ne dépend d’aucune promesse politique. Sa valeur ne dépend d’aucun aimant.
Des coffres s’ouvrent à Hong Kong et à Riyad – pas pour stocker des dollars, pour stocker du métal. Des pays commencent à régler leurs échanges commerciaux sans passer par le dollar. Ils ne font plus confiance à la boussole officielle. Ils naviguent avec un autre instrument.
Les ventes d’or sont un signal, pas une panique
Le paradoxe du moment : l’or recule sur les marchés alors que tout plaide pour sa hausse.
L’explication existe. Prenons par exemple la Turquie, fortement dépendante de ses importations d’énergie, a vendu et swappé environ 130 tonnes d’or en un seul mois – soit près de 20 milliards de dollars – pour défendre la livre turque et payer ses factures énergétiques dont le coût avait brutalement doublé avec le conflit. D’autres pays ont fait de même.
Source : Bloomberg, 26 mars 2026 – « Turkey’s $8 Billion Gold Drawdown Since Iran War Hits Bullion »
Ils vendent par nécessité, pas par conviction.
Même ceux qui croient en l’or ont dû vendre – contraints par l’urgence, pas par choix. La Turquie ne vend pas parce qu’elle pense que l’or va baisser. Elle vend parce qu’elle n’a pas le choix. Ce n’est pas la même chose.
Pendant ce temps, d’autres achètent ce qu’elle cède. Méthodiquement. Sans faire de bruit.
Les fonds à effet de levier et les petits investisseurs soldent leurs positions, pris de panique. Les grands acteurs stratégiques, eux, profitent des prix bas pour accumuler.
Les prix affichés disent que l’or baisse. Les flux physiques, eux, racontent une autre histoire.
Le système n’est pas en train de s’effondrer. Il est en train de se reconfigurer. Lentement, puis soudainement. Dans l’épisode final, nous verrons ce que tout cela signifie concrètement – et ce que vous pouvez en faire.
Dans l’épisode 5 : Recalibrer sa propre boussole. Ce que tout cela signifie pour votre épargne, votre immobilier, votre retraite. Et que faire.



